" En termes d’esthétique et de langage, je défendrai des spectacles poétiques, qui travaillent l’hybridation afin de remettre en jeu la complexité du réel, donner à apercevoir l’invisible et considérer le public, tout le public y compris les enfants, comme des personnes douées de raison, de sensibilité, à l’intelligence en éveil.

La particularité de notre présent est sans doute que les écritures sont protéiformes et multiples, qu’elles traversent la vie de chacun, qu’elles circulent à une allure jamais égalée, qu’elles sont si nombreuses qu’on peine à imaginer leur conservation et leur transmission.

Les écritures contemporaines sont à la fois le substrat et la forme des créations artistiques d’aujourd’hui. La recherche artistique la plus pointue travaille la forme, l’interroge, la manipule, la perturbe. Toutes les écritures, chorégraphiques, théâtrales, poétiques, numériques, musicales, circassiennes, … sont mobilisées pour – sciemment ou non – dire l’indicible du monde, et le partager avec le plus grand nombre. La multiplicité des formes rend possible la rencontre avec la multiplicité des subjectivités des personnes qui habitent cette terre.

Les écritures ne peuvent s’entendre qu’à l’intérieur de cette dynamique : elles existent pour organiser la trace, la transmission, et pour partager son présent avec les êtres humains.

Il y a un enjeu à recréer des espaces de construction et de partage d’une pensée collective : c’est aussi une urgence démocratique. Dans ce monde mouvant, dont les ressorts semblent nous échapper, il est important de comprendre l’époque, pour tenter de dégager des pistes de réappropriation. Donner du sens à l’art et à son lien aux êtres humains, à l’histoire, au territoire ne peut se faire qu’à la condition d’y réfléchir, de s’en donner le temps et les moyens. C’est une manière de participer à la constitution d’une majorité éclairée. "

Agnès Houart, directrice
Janvier 2019